LesSilenCiel

26 juin 2017

Lettre pour Nous

J’ai glissé sur la vie sans y prendre garde , en étant concomitamment absente et consciente .
J’aurai 44 ans bientôt plus le sentiment d’avoir toujours soigneusement éludé ma vocation et marché hors de moi .
Je vis à cheval entre le Ciel et la Terre sans être en mesure de faire un choix .
J’ai vécu dans mon âme intime et close , tant de mystères et de joies indescriptibles qui m’ont faites la vie fade et tant d’amours pour lesquels je me suis embrasée dans l’espoir enfin de m’ancrer que je suis bien en peine de choisir .
Me voici pourtant arrivée à un carrefour .
La solution , c’est le médium .
Si je peux te l’écrire et te faire l’aumône de mon désarroi , c’est parce que tu demeures le confluent de mes joies les plus pures , de mes peines les plus violentes et de mes doutes les plus inavouables .
Tous mes paradoxes mais aussi ma confiance et mon amour convergent vers toi 
Qui suis-je ?
Tu crois le savoir et je suis la plus aveugle liseuse d’âme en ce qui me concerne .
Je devine les autres , Je soulève les rides , plonge outre yeux , visite à pas feutrés leur intériorité ; cependant, je demeure pour moi , une énigme .
Et j’en souffre .
Comme je souffre de voir les morts et de n’en pouvoir parler à personne .
.
Dans mon présent troublé où chante une semonce céleste , je suis l’hôte d’un monde qui n’est pas mon chez moi .
Je me souviens pourtant avoir choisi d’en être en ayant oublié pour quoi ( ou pour qui ! ) .
Qui suis-je ? Que vais je faire du peu de temps qu'il me reste parmi les voyants ?
Permets que je préfère l'éclipse définitive au monde à la vie docile des esclaves , que je sois un conquérant du Ciel plutôt qu'une urne pour foi de confort .
Qui suis-je ?
Je suis assurément celle qui t'aime mais qui ne veux pas t'abîmer .
J'ai 44 ans bientôt et tu manques à crever .

Vassillia Shagurin

eric Munsch


Illustration Eric Munsch

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16 juin 2017

16 juin 2016

Moi , le pleur de blé et le grain d’eau , petit rien d’un grand tout , minuscule mais indispensable , moi qui t’écrit en certitude de compter si peu mais en devoir de te donner le meilleur de moi …
Moi qui ai tant besoin de m’embraser malgré la conscience que tout beau s’éteint pour nous permettre de vivre toutes les nuances de l’amour .
Je respire ton prénom qui me parle du Sud et je me noie dans ton regard ardent .
Je me souviens d’un soir et de nos yeux noués tandis que cillait un crépuscule de fin mai , de deux yeux qui enjambent les pudeurs usuelles pour s’éblouir de découvrir , parmi la laideur d’une ville grise et sale , qu’il en existe deux autres , éplorés et fiévreux , tout dévoués déjà à leur adoration muette .
Je me souviens des entours qui s’effacent et du lever de tempête , des chairs qui bandent et se tordent , du cœur qui quitte la vallée d’entre les seins pour devenir cet organe hautement inflammable qui me fait écrire ce que jamais , je n’oserais plus dire à personne .
Oui , il faisait moite et dans l’air , le bonheur faisait voler ses rubans , aux couleurs chaudes et de rires insolents .
J’étais heureuse et toutes les femmes ordinaires sont belles quand elles aiment et se sentent aimées .
Nous avons scandé l’heure de mots qui devenaient des psaumes avant de se faire murmures de peur d’effrayer la magie du moment .
Je t’aimais moi . Oui , je t’aimais .

 

Vassillia Shagurin

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12 juin 2017

Testament sentimental

Le Diable , ce soir , à la peau d’ombre et d’ambre  

et sur le grain de l’homme , un petit pleur de sel ;

Calligraphie des corps et âmes qui se  cambrent ,

Chaque histoire à sa nuit exhale un rituel .

 

Mon amour entre en moi et presque sans frapper .

ses mains ouvrent mes pores pour les oindre de feu   , 

et de ballets de cils en murmures chantés ,

un  lien serve à ses chairs et je chois dans ses yeux .

 

Vassillia Shagurin

( à M )

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Nostalgie des ans qui passent

Ma campagne est si belle à l’heure de la quitter 
que nul adieu n’excuse mon probable exil ;
des âmes y batifolent que je n’ai oubliées ,
sous la garde des vieux assis sous la charmille .

La sonnaille répond aux appels du clocher ;
des mâtines aux soirs et ce jusqu'à l'hiver ,
les bêtes et les âmes vaquent à leur destinée ,
l’esprit fidèle au temps et soucieux de bien faire .

Là , les près de soupirs où survit notre enfance ,
tapie dans un bleuet à la frêle droiture ;
avec ses champs roulés en bottes de pitance 
ses bêtes redoutées à la haute stature .

Et les sieurs de soie sang sur le bord des chemins 
dans le jour en fusion , l’horizon empourpré ,
aux blés et au tabac font des reflets carmins 
qu’un fin pinceau de nuit s’en viendra sublimer .

Vassillia Shagurin

vieux

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10 juin 2017

10 juin 2016

Olivier est mort et la montagne pleure son berger . Les crêtes violines sur Hautpoul m'apparaissent désormais comme l'écran d'un pays maudit et qui m'est interdit pour toujours .
Quelques jours après que nous l'ayons porté en terre dans le vieux cimetière de Réalmont , j'ai ressenti le besoin de retrouver les chemins de rocaille et les chênaies où nous connûmes ce bonheur si fou qu'il semble qu'il ai terni l'autre hémisphère du globe .
J'ai pris la direction du village médiéval en suivant le chemin d'âne qui crache sur la bergerie de notre première nuit et d'un chagrin plus vaste encore .
Les sapins s'inclinaient , gracieux , sur son toit de fronde ,
L'âtre de pierre blonde ne craquera jamais plus de son rire pétillant et joyeux et j'ai refermé la porte sur un chapitre de quatre ans , passionnels et heureux . 
Le coeur lourd , dur , mort pour d'interminables saisons .
J'ai salué la source et sa vierge de plâtre que tant d'orages ont outragé sans jamais lui ôter son sourire .
Il m'a bien semblé voir une larme couler pour l'enfant du pays.
Le vent , comme un suaire , m'a étreint , dispersant aux cimes , le cri de bête qui montait de ma poitrine .

Il existe , là-bas , une heure bleue , une heure où le soleil naît de derrière la montagne , restituant un rite millénaire , où le rose de l'aube boit l'ombre au sein même de la Noire , où le présent se délaie en l'hier : c'est la gloire de la terre qui se renfle jusqu'aux cieux , qui se ride et se tend dans un spasme spirituel .
C'est le pays d'Olivier .
Elle psalmodie d'une voix de basse et dans une langue propre aux fous , les hivers rigoureux et les étés de feu , les chênaies ombrageuses et les cigales , les légendes et les loups .
Elle porte la mémoire de ce Lui qui fait mal , ce prénom à la saveur de plaie qui induit des larmes que seule sait la nuit .

Mon grand amour n'est pas mort , il s'est juste assoupi avant moi dans l'attente d'ouvrir , dans une autre vie , le nouveau chapitre que nous nous sommes promis .

Vassillia Shagurin

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06 juin 2017

Le météore et la plume

 

Bien sûr que l’entièreté n’est pas de ce monde et condamne à brûler . De ferveur à faire peur parce qu’elle n’est plus de mise ,je dis souvent m’être trompée de siècle mais qu’importe :

Le divorce d’avec le monde , l’inimitié subie , la culpabilité dont les très bien dans l’époque tentent de nous affubler parce que notre attitude marginale et pure leur renvoie l’éclat de leur profonde médiocrité .

Qu’importe les pierres de la traîtrise reçues en pleine figure et la difficulté de vivre parmi les hommes .

Je brûle et personne ne peut m’ôter cet éclat qui m’habite .

J’ai prêté mon âme à La Présence et mon corps pour être son vaisseau .

Je suis un météore à l’ardeur et l’urgence de vivre le Mystère mais aussi la plume bousculée par le vent du désamour et jetée loin des relations humaines et après ???

Je laisse aux autres le soin de briller , d’être fêté , de s’illusionner .

Je souhaite n'être rien ni personne .

J'aimerai n'avoir plus de poids , plus de peau , plus de nom , n'être plus l'hôte d'un instant que j'ai pourtant choisi bien avant ma naissance au monde et qui m'est souvent peine .

Etre celle que je suis , lorsque la nuit , je me dévêts de mon carcan de chair : une âme , rien qu'une âme , délivrée de l'obligation de vivre si petitement .

 

Vassillia Shagurin

'( pourquoi écrire cela ? ) 

AEC

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27 mai 2017

A l'aube de la fête des mères ...la plaie doublement réactivée

https://www.youtube.com/watch?v=4e2vqzODHP0&t=8s

 

https://www.youtube.com/watch?v=1-rPTl1Pnpk

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18 mai 2017

Jeudi 18 Mai 2017

 

Il fait soir . Les prairies sont brûlées .
Blêmes d’avoir jaunies .
J’entends au loin braire un âne comme lorsque j’étais enfant . L’enfant que je suis toujours dans le secret de mes prières .
Parce que je prie Monsieur . Comme ça : Je joins mes petites mains vers le ciel d’un bleu de majesté , derrière une meule pour que nul ne me moque ou dans l’angle le plus obscur de l’église , où personne ne me cherche et ne me pense .
L’orage dessine des blessures de l'aigu de ses doigts électriques . Il pleuvra d’ici peu . J’attends celui que j’ai perdu . J’anticipe le chant de son pas .
Il reviendra bien sûr , profitant de l’averse et pour m’arracher à la dureté de l’exil ici bas .
L’air est irrespirable . La terre halète . Les cigales réclament leur eau à coups de violons et d’archets .
La plaine est jolie dans son linceul de feu . 
Je récite ma prière d’une voix malhabile et à mots sourds pour ne pas troubler l’heure qui baille et l’osmose qui m’unit à l’Absent .
Il est presque palpable et il me semble sentir son souffle tiède dans mon cou .
Je ne peux pas vivre sans lui . Il me manquerait un pied , un œil , un rire , une raison de supporter la comédie du monde .
Bientôt , les cieux crèveront sous le poids des nuages et j’aurai peur , et j’aurai froid .
Il sera vomi du plus ombrageux d’entre eux . La pluie frappera la terre de ses petits poings rageurs , les rus se feront gros .
Les champs ne seront plus que course d’épouvante devant le soir en courroux .
Je me logerais dans sa voix …………et , lentement , l’apocalypse quittera mon jardin .
Et il me dira qu’il m’aime même de son panthéon des morts , m’absolvant et me réssucitant par là même .
Et je signerais mon credo d’un « Je t’aime papa ».

 

Vassillia Shagurin 

Illustration Michaël Yamashita


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17 mai 2017

Le manque de Grand-Père

 

Lorsque le manque étreint , je vais dans la remise

pour écouter la pluie chanter sur  les carreaux

et dés lors mes yeux s’égarent sur sa chemise

la mémoire de grand-père  survit dans les copeaux

 

Son rire dans les cheveux de bois ébène  ou miel

ramène en enfance mon âme bouleversée

la plainte du rabot aux pièces caramel

le temps de deux plis d’yeux revient mon cœur bercer

 

Pas un outil ne manque sur l’établi de chêne

De la scie aux ciseaux du compas au trusquin

Tous sur leurs clous en communiants de peine

veillent , inutiles sur l’antan orphelin

 

Et quand l’ondée gronde à noyer ma mémoire

qu’il ne me suffit plus de respirer ses pas

je  m’enroule et m’endors  au fond de sa chemise

et mon rêve ramène à mes chagrins ses bras  

 

Vassillia Shagurin 

6 octobre 2015

menuisier

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Veillée avec papa

 

 

 

Ils serrent    dans leurs pelures de vert et d’aiguilles

le corps haut et glabre  que Dieu leur a donné

Luttant contre le vent qui joue de leurs pampilles

des pommes racornies aux pétales givrés

 

Roides au janvier majordome à forêt 

bras croisés ou ballants sur le secret des bois

j’aime les sapins tout de  mort feutrés

qui , mêlés aux bouleaux , s’accordent à la voix 

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Des loups de mon enfance , nobles et roués

qui derrière la porte tuait en gants de soie

contre qui nous luttions le soir à la veillée

le flanc contre mon père et à l’abri du froid

 

Penchés sur la bougie et tendus sur la plainte

imaginant nos arbres complices de nos loups

le vent baisant la vitre en une vieille étreinte

tous les sens en émoi et sa main dans mon cou

 

Vassillia Shagurin

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