LesSilenCiel

18 mai 2017

Jeudi 18 Mai 2017

Il fait soir . Les prairies sont brûlées .
Blêmes d’avoir jaunies .
J’entends au loin braire un âne comme lorsque j’étais enfant . L’enfant que je suis toujours dans le secret de mes prières .
Parce que je prie Monsieur . Comme ça : Je joins mes petites mains vers le ciel d’un bleu de majesté , derrière une meule pour que nul ne me moque ou dans l’angle le plus obscur de l’église , où personne ne me cherche et ne me pense .
L’orage dessine des blessures de l'aigu de ses doigts électriques . Il pleuvra d’ici peu . J’attends celui que j’ai perdu . J’anticipe le chant de son pas .
Il reviendra bien sûr , profitant de l’averse et pour m’arracher à la dureté de l’exil ici bas .
L’air est irrespirable . La terre halète . Les cigales réclament leur eau à coups de violons et d’archets .
La plaine est jolie dans son linceul de feu . 
Je récite ma prière d’une voix malhabile et à mots sourds pour ne pas troubler l’heure qui baille et l’osmose qui m’unit à l’Absent .
Il est presque palpable et il me semble sentir son souffle tiède dans mon cou .
Je ne peux pas vivre sans lui . Il me manquerait un pied , un œil , un rire , une raison de supporter la comédie du monde .
Bientôt , les cieux crèveront sous le poids des nuages et j’aurai peur , et j’aurai froid .
Il sera vomi du plus ombrageux d’entre eux . La pluie frappera la terre de ses petits poings rageurs , les rus se feront gros .
Les champs ne seront plus que course d’épouvante devant le soir en courroux .
Je me logerais dans sa voix …………et , lentement , l’apocalypse quittera mon jardin .
Et il me dira qu’il m’aime même de son panthéon des morts , m’absolvant et me réssucitant par là même .
Et je signerais mon credo d’un « Je t’aime papa ».

 

Vassillia Chagourine 

Illustration Michaël Yamashita


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17 mai 2017

Le manque de Grand-Père

Lorsque le manque étreint , je vais dans la remise

pour écouter la pluie chanter sur  les carreaux

et dés lors mes yeux s’égarent sur sa chemise

la mémoire de grand-père  survit dans les copeaux

 

Son rire dans les cheveux de bois ébène  ou miel

ramène en enfance mon âme bouleversée

la plainte du rabot aux pièces caramel

le temps de deux plis d’yeux revient mon cœur bercer

 

Pas un outil ne manque sur l’établi de chêne

De la scie aux ciseaux du compas au trusquin

Tous sur leurs clous en communiants de peine

veillent , inutiles sur l’antan orphelin

 

Et quand l’ondée gronde à noyer ma mémoire

qu’il ne me suffit plus de respirer ses pas

je  m’enroule et m’endors  au fond de sa chemise

et mon rêve ramène à mes chagrins ses bras  

 

Vassillia Chagourine  

6 octobre 2015

menuisier

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Veillée avec papa

 

 

Ils serrent    dans leurs pelures de vert et d’aiguilles

le corps haut et glabre  que Dieu leur a donné

Luttant contre le vent qui joue de leurs pampilles

des pommes racornies aux pétales givrés

 

Roides au janvier majordome à forêt 

bras croisés ou ballants sur le secret des bois

j’aime les sapins tout de  mort feutrés

qui , mêlés aux bouleaux , s’accordent à la voix 

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Des loups de mon enfance , nobles et roués

qui derrière la porte tuait en gants de soie

contre qui nous luttions le soir à la veillée

le flanc contre mon père et à l’abri du froid

 

Penchés sur la bougie et tendus sur la plainte

imaginant nos arbres complices de nos loups

le vent baisant la vitre en une vieille étreinte

tous les sens en émoi et sa main dans mon cou

 

Vassillia Chagourine 

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Vassilli

 

 

 

Non je ne suis pas mort , j’ai juste fui mon corps

comme la rose lasse de sa branche et qui rêve

d’un sang bleu qui épars et chu de sa clepsydre

se mêlerait au blond de champs de blé et d’or

à des fenêtres d’yeux et des serpents de sève

 

Non je ne suis pas mort , j’ai juste envie de vivre

d’ouvrir à mes cellules la porte de leur cellule

d’être un grain de soleil et dans le pan des pluies

un peu de ce mystère dont  les chairs me privent

sans jamais avoir peur du pas du crépuscule

 

Non je ne suis pas mort , je suis liée au vivant

je suis le vent d’autan qui caresse ta frange

et le souffle qui vient se poser sur ta main

quand le poids de ta peine te semble si prégnant

que le jour jamais ne te paraît si loin  

 

Non je ne suis pas mort , je suis tout près de toi

fluide et sentiment mais Verbe et Présence

 

Vassillia Chagourine 

ange

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La montagne du mas aimé

mazamet

 

Lorsque rieuse encore du temps ou nous fûmes Un

nos courses nous menaient auprès du mas aimé

ses courbes insolentes jaillies de matins bruns 

couronnées de parfums de pierres et de chênaies

 

Par un sentier revêche veinant le bleu du jour

où couraient pêle-mêle des rus et  des piaillées

la montagne couvait jusqu’à nos cris d’amour

en découpant ses flancs du haut de la vallée

 

Et pas un jour ne passe sans que je pense à elle

et plus  une nuit n’est sans que je pense  à toi

je garde pieusement le regret éternel

qui les jours de peine  nous unit tous les trois

 

Vassillia Chagourine 

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Alexey

 

Alexey

 

 

A l’orée taciturne , aux charbons d’yeux cruels

nous étions morts et nus d’âmes au  ciel chafouin

nous fouillions les pourquoi de ces bêtes païennes

ne réalisant pas nos habits temporels

jetés dans l’ œil sot d’un tombeau ouralien

Je vis qu’ils lançaient  mon père à la géhenne .

 

Les hommes avaient t’ils  besoin de verser le sang

La terre est t’elle donc si friande d’amertume

hordes électriques et mystiques profanes

ivres de liberté crue sur des chairs d’enfants

rêves confisqués par le marteau et l’enclume

héros et salauds sous le même habit de mânes

 

Les grains du chapelet de ma pauvre maman

complices de mitraille, outrages  à sa piété

L’urgence de ma sœur à expédier sa mort

et les tirs vomis de tristes capitans

faisant de lys des roses à la beauté ruinée

tandis qu’un jour nouveau se maquillait d’aurore .

 

Je n’imaginais pas que je mourrai si tôt

détrôné de mon crâne par le pied d’un félon

 que leur liberté serait  festin de Moloch  .

 

Vassillia Chagourine

romanov

30 sept.-15

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Aux heures ambres

Ce que j'aime sont tes baisers de confiture 
Le sucre sur ta joue , le carmin sur mes doigts 
Que dessine une abeille aux habits de capture 
Le pyjama soleil d'un artiste aux abois

 

La cuisine flattée par l'or du jour qui choit 
Fait luire les cuivres , vestiges de nos aieux 
Qui, jadis, mettaient en pots les dons de Dieu 
Pour l'appétit des yeux et les ventres en joie

 

Sous le regard coulant de l'ail et de l'oignon 
Balançant leurs couleurs et leurs fumets piquants
Le lent ballet des mains flétries sur le pain blanc 
Ou gît le fruit vaincu qui repaît l'enfançon

 

Je cherche en vain l'heure ambre de mon enfance 
Et l'eau qui parfumait les rides de ma grand-mère 
Et de  ce temps béni ,  comtoise et  crédence 
chuintent

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des souvenirs aux vapeurs de chimères

 

Vassillia Chagourine 

 

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La maîtresse amoureuse

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Elle apparaît à l’heure où naissent les étoiles 
comme un couchant discret sur le jour et ses bruits ,
glissant sur le silence des amours féales ,
amante douloureuse dont l’honneur est meurtri .

Et qui cherchant dans l’ombre la honte à sa ruine 
se bâtit des châteaux pour fuir le réel ;
suppliée du divin aux chairs qui fulminent ,
elle apparaît au soir comme accouchée du ciel .

Pareille à la mère d’un même élan soucieux ,
elle contente le corps de son maître ingrat ,
aimante sans espoir et soignante sans droit ,
énigme parmi les pierres et le rire des gueux .

Vassillia Chagourine 
29 janvier 2017

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L'enfange

Mon tout petit de Lui dans tes langes de glace ,
mon enfant mon amour figé à tout jamais 
dans le sang et la cendre de mes rêves fugaces 
le si toujours absent qui pouvait tout changer .

Mon tout petit garçon , ma plaie sur la cuirasse ,
mon vivant souvenir couvé entre mes poings ;
dans des nuits orphelines où mon cœur trépasse 
de n’avoir oublié ta bouche sur mon sein .

Mon tout petit follet fauchant là l’espérance ,
et plus loin la chaleur de projets grands et doux ;
ma toute petite âme dormant sous la caillasse 
d’un drap de marbre blanc tendu par un vent fou .

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Mon tout petit enfant mon tout petit de lui ...

Vassillia Chagourine 
dimanche 24 avril 2016

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14 mai 2017

Illona

Illona

Elle est morte noyée dans une farandole 

et elle dont je n’ai jamais  entendu la voix ,

elle vient et me console les nuits de pleine hurle  .

 

Libre de son maigre pesant de chairs ,

libre de la pierre de son cénotaphe ,

libre du feu qui oint et désincarne ,

ma plaie secrète et qui reste ma fille .

 

La peine ne m’a jamais rendue folle  .

Il m’eût été plus doux de fuir en moi

mais rien en moi ne pleure et capitule .

 

Vassillia Chagourine

( à ma fille .

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Maman  )

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