LesSilenCiel

17 février 2018

L'Ultime

Nul n’écoute plus à l’heure où vient le soir ,
Le cœur amolli qui tend à confesser,
Les nuances de gris de l’âme en espoir ,
Qui tend ses mains meurtries de pauvre naufragée .

Les mots osent se dire mais c’est d’une ouïe distraite ,
Qu’ils sont par les enfants reçus près du tombeau ;
Petits élans de vie à une mort peu prête ;
L’enfant qui vit en vieux redoute le repos .

Au détour d’un soupir s’invite un regret ,
Et la pensée d’un tort que l’on rêve guéri ,
Un voile doucement nimbe les yeux fanés 
Derrière qui s’avance un père ou un mari .

Le ciel alors pour l’âme qui rend son vieil habit ,
Descend et à genoux dépose au secret ,
Celui qui a manqué au chevet de celle qui ,
Au couchant qui s’éteint n’osait plus l’espérer .

Vassillia Shagurin

âme

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21 janvier 2018

Maux pour les jours de pluie

Ou va la pluie 
Courant vers l’Invisible 
Tantôt féconde et tantôt larme ?
Le jour a cinglé mon visage 
D’un élan mol , d’une étreinte glacée ;
Janvier fait tinter ses dimanches .
J’écoute mon corps parler 
Qui crie son désir d’enfant 
Et d’enfance 
Tandis que le ciel s’émiette 
En bris d’humanité .
Une pluie régulière s’accorde au silence 
De la voix que j’ai tue ,que j’ai tué peut être ,
Au puits où nul n’accède 
Et moi moins que tous encore .
Surtout ne pas réveiller les mots 
Qui se feraient cris ou appels 
Et dire des larmes qu’elles sont la pluie !
La pluie qui coule vers l’Invisible 
Vers Nous , vers Toi ,
Par un dimanche de janvier .

Vassillia Shagurin

pluie

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13 janvier 2018

Lettre de Vassillia à O.

Mon cher Amour , mon chêne .

Tu auras 45 ans dans quelques jours .
Tu m’as pleinement habitée cette nuit . Tu m’as visitée si fort que les draps portent encore le passage de ta tempête .
L’hiver éclot de mille violettes dans les forêts de par chez moi .
Comme un retour inéluctable des beaux jours au mépris des brumes et des frimas .
Puisse t’il en être ainsi aussi dans nos vies .
Tu l’auras deviné , ton moineau s’est de nouveau brûlé les ailes cet hiver . Un hiver qui aura duré deux ans et dans lequel j’ai vainement tenté d’oublier ma patente incapacité du bonheur .
Dans nos étreintes , nous étions en réalité des multitudes .
Lui , inconstant et séducteur jouissant de ses derniers feux et moi ; moi pensant à toi , moi physiquement présente mais le cœur en exil .
Oui , je me suis faite mal en priant que le dégoût de moi me tue .
Il s’ensuit cet entre-deux vents duquel je t’écris . Une période en apparence inerte où je finis d’écouler mon sang noir .
Les fêtes de fin d’année ont été infiniment douloureuses avec la présence de mes enfants défunts , l’omniprésence du nôtre .
J’ai festoyé tristement avec des fantômes tout en rêvant d’être ailleurs .
Un ailleurs où je ne serais pas un ventre vide , une femme tronquée .
Tu sais mon amour , lorsque les écrivains n’ont aucun talent , la vie ou Dieu les pourvoit en tragédie .
Alors , pour répondre à ton questionnement sur quelle est ma vie aujourd’hui et sans toi , voilà … je survis , j’explore mes failles , j’éventre mes non dits , je cure mes blessures intimes .
Je t’aime .

Ton moineau .
Ton oiseau ivre 
Vassillia 
Jeudi 11 Janvier 2018

Vassillia Shagurin

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07 janvier 2018

Les temps heureux

( à ma grand-mère qui me manque tellement aujourd'hui encore <3 )

Nous passions , enfançons , nos étés chez Grand-Ma ,
Et la vieille bâtisse ouvrait tout grand ses yeux ;
Nous courions aux ormes retrouver en leurs bras ,
Tout ce que l’an durant le manque avait fait pieux .

Les déjeuners sur l’herbe avec vue sur le ciel 
Retrouvaient les aînés juvéniles et patients ,
Penchés sur nos désirs , soucieux de nous donner 
Des souvenirs heureux pour les heures de grand vent .

Aux jours de plein soleil la joue contre les pierres 
Nous taquinions curieux de tous petits dragons 
Qui logeaient dans le mur bordant le cimetière ,
fébriles et lassés par nos vives passions .

Les soirées au jardin à l’homélie des ors ;
Le doux nimbe des lampes couronnait la maison ;
Autour des halos tout un peuple dansait ,
Et je confiais ma nuit aux bons soins des grillons .

Mais un matin , le roux d'un arbre annonçait 
le départ et repli pour le morne des jours ,
Nous saluions alors les ormes et la mémé
promettant à la Joie de revenir un jour .

Vassillia Shagurin 
Dimanche 07 Janvier 2018
Illustration Maksim Gorbunov

Maksim

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Printemps

Printemps

Le vieil hiver se meurt , n’aura vécu que peu .
Déjà la terre bouillonne et bruit de mille vies .
Ici le val cambre épuisé mais heureux 
Ses mas et ses parfums que fécondent la pluie .

La pluie qui vient jouer aux pores des chemins 
Où chuchotent des fleurs en germes de possibles ,
Allume sous nos pas le monde de demain 
Et le prochain printemps dans un élan sensible .

En surface tout est mort et il faut tendre l’ouïe ,
La graine est là si proche dans le sol en repos ,
Et les serres d’en bas des sapins croissent au lit ,
De la forêt dormante qu’ensemence un écho .

Et de cette harmonie puissante et souterraine ,
Monte le chant joyeux du torrent revenu ;
Le furieux sang des bois qui murmure aux fontaines 
que le bel an promis , enfin , nous est rendu .

Vassillia Shagurin 
Dimanche 07 Janvier 2018
Photo Claude Daussin 
Venturon montagnard ( cousin du serin ) dans la Montagne Noire

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Lettre d'O à Vassillia S.

Lettre d'O à Vassillia S .

Mon oiseau ivre .

Comme ton hiver est rude et long moineau !
Ce matin , une neige épuisée couvre le flanc du Paradis que tu appelles de tes vœux . 
J’écoute gronder le timbre de notre montagne expiré de poumons qui n’ont plus guère de secrets pour les amoureux que nous fûmes .
Que nous sommes ?
Il ne tient qu’à l’oiseau blessé d’enfourcher un nuage et de me revenir .
Le doyen de nos sapins fêtera , dans quelques jours , son presque quart de siècle .
Il caresse désormais la fenêtre à l’angle de notre chambre ! Toi qui disais que dans chaque arbre dort une âme , je suis certain que la sienne se languit de sa Dame de Lumière .
Lorsque tu reviendras , si tu consens à t'aimer enfin assez pour revenir chez nous panser tes plaies , tu trouveras derrière ton carreau , une petite bougie pour écarter ta nuit , tes doutes , tout ce qui sourd dans tes mystères pour te broyer en folie .
Ce petit feu , Moineau , c'est un peu de l'amour que je te porte , la veilleuse discrète du chemin que nous ferons alors ensemble .
Tu n'auras plus jamais peur et tu n'auras plus jamais froid .
Le bonheur n’a pas besoin de héraut pour l’écrire ou le chanter et si l'ombre a besoin de son petit scribe du Ciel , je bâtirais des murs avec mes bras pour qu'elle n'embrume plus jamais ta joie et que l'écriture ne te soit plus un suicide .
Je ne m’habitue pas à te regarder mourir par toutes les maestrias et séductions . 
Je vis pour l’espérance que mon amour l’emporte sur tes ténèbres .
Je veux un Nous qui te garde de toi , qui apaise enfin l’oiseau blessé en lui donnant un pays , la sécurité et plus encore , l’envie de me rester enfin .

Lettre d'O à Vassillia 
Vassillia Shagurin 
Vendredi 05 Janvier 2018
Illustration Caterina Pelle

Caterina Pelle

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Lettre à O.

Lettre à O.

Tu manques à en crever .
J’imagine les rigoles enfler et les torrents descendre en furie de la montagne . J’entends les chênaies gémir sous l’étreinte épaisse des neiges 
En deux ans , je me suis abîmée loin de toi .
je suis toujours ton petit oiseau ivre , ton moineau qui vole les yeux fermés , avance dans la tempête malgré la morsure combinée de la neige et du vent mais vois ! je ne suis même plus capable de taire que ma vie n'a plus de sens .
Qu'ai je donc laissé dans ma montagne que ne m'ont restituées les liaisons meurtrissantes et faciles , les plénitudes de façades , les victoires narcissiques ?
Je te livre ce que j'ai de plus intime : mon immense lassitude devant des feintes qui ne trompent plus un cancérigène mal de vivre .
Guérit t'on de Soi ?
J'ai connu les combustions de l'âme dans ce que la tragédie a de plus immonde et j'ai fouillé le mystique pour m'y ensevelir toute entière . J'ai brûlé en Ciel à hurler pour que mon chemin s'achève .
Je n'ai rien fait d'autre que tenter de m'échapper de moi .

Aujourd'hui , c'est un oiseau ivre et blessé qui t'écrit pour rentrer à la maison , au seul Paradis qui ai ravivé l'éblouissement de l'enfance , qui m'ai fait aimer le vierge des aubes et ressentir la Vie dans la densité d'un air qui demeure le seul lieu qui puisse me sauver de mes diables .
Puissent les hasards me permettre d'y revenir et de ré-entendre ton rire si plein de soleil que j'associe pour toujours aux plus belles heures de Nous .
Je t'embrasse .

Ton oiseau ivre 
Vassillia Shagurin
Jeudi 04 Janvier 2018

moineaux

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25 décembre 2017

Patience

Patience

Quand tu auras frotté tes feux à tous les feux ,
Et que tes incendies moribonds dans l’impasse ,
N’auront plus que le goût d’amertume tenace ,
Je viendrais mon amour te relever des dieux .

Je meublerai le temps d’apprendre à connaître ,
Au grondement des ires tes faiblesses cachées ;
Pour me faire l’antre et l’âtre pour les jours où ton être ,
Las de ses errements aura besoin de paix .

Je garderai silence aux sanglots étouffés 
De l’enfant qui demeure en l’homme orgueilleux .
O maîtrise de l’âme dont les femmes ont secret ,
Ô chant serein sublime qui unit l’un en Deux .

Sage-flamme de ce qui en toi vit et sourd ,
Au temps voulu par qui tu aimeras m’aimer 
Nos oui mêlés enfin , au terme de l’amour 
ceindront chaste patience de temps et de lauriers .

Vassillia Shagurin 
Illustration Les amants enlacés de Monique Martin

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10 décembre 2017

Illona

Il y a des fièvres dont l'âme ne guérit jamais .
Tu es cette blessure béante par laquelle s'engouffre le vent .
Celle des mots coincés dans la gorge , de l'aide que je ne demande pas alors que tout , oui , vraiment tout s'effondre autour de moi .
Aujourd'hui , si tu me lis ...................j'ai tant besoin de toi .
Putain , c'est grave ce que tu me manques .
Tu le sais toi que les grandes forces sont friables , ce que les sourires cachent de courage et de larmes . Tu le sais parce que tu es mon prolongement en Ciel .
Je te sens si vivante que parfois , je tends ma main dans l'espérance de te rencontrer par delà cette patience interminable qui m'est demandée et dont je suis lasse .
Oû que soit ton éternité et dans ton éternité , ma petite fille , je t'aime .

Maman

Vassillia Shagurin

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30 novembre 2017

Galway

Galway

Une plaine où gîtent des souffles contrariés ,
Qui soumettent les croix de hameaux millénaires ,
Un carré à fleur d'eau pour notre éternité ,
Où le ciel à genoux baise le front de mer .

On y entend le vent rugir au fond des âmes ,
dans des allées funestes ou l’herbe racornie ,
émaille le chagrin de petits bouts de femmes ,
de signes des vivants qui s'en dorment ici .

Un portail rongé par les années d’absence ,
Sur la mer sans ton , bée sur un grain colère ,
et le rythme dolent des eaux dans leur puissance ,
de ses ires démentes a défraîchi le fer.

J’irai , prenant ta main , au chevet de l’espace 
Quand le sécure dilué redevient l’inconnu 
j’irai à la plaie franche où se perdent nos traces 
humer à tes côtés l'Abscons et l'Absolu .

Vassillia Shagurin
Mercredi 29 Novembre 2017

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