Ma petite sorcière

Ici , l’automne a définitivement pris ses quartiers , faisant rougir le flanc de la montagne pourtant , c’est dans la cime ocre des chemins que j’entends encore et toujours ton rire dévaler le bouillonnement des cieux.
Parlons en des cieux . Je les sens devenus orphelins .
Je t’écris alors même que j’entends ton âme de nouveau déchirée par l’épineuse question du bonheur .
Laisse moi te dire , comme autrefois, lorsque je buvais dans ton âme et que tu lisais dans la mienne , que tu ne peux vivre longtemps loin du ciel et que je t’attends sur son palier , à fleur de nuages , dans un couloir de vent , chez nous .
Tu me demandes ce qu’est le bonheur . 
Il est là et crépite dans son âtre , rongeant furieusement une bûche , et nimbant le séjour d’une ambiance chaude et or sous le regard de Polka mais aussi , plus loin , dans l’espièglerie de l’eau qui a parcouru des milles et encore , dans la pluie qui bénit la forêt et son peuple des âmes .
Depuis quelques jours , le vent gémit au soir , se demandant qui tu fuis dans tes voyages , tes expériences et tes folles ivresses .
Si ce n’est moi , pourquoi donc , toujours , l’encre des tempêtes ?
J’ai trouvé , parmi les virgules , ces fers à écarter les mots , une petite larme habillée de narquois qui se prenait pour une pause .
Ta fuite t’a menée là où le chemin s’arrête .
Pleure et je serais ton flanc , hurle à fendre ton armure .
Ma petite sorcière écrasée par l’ampleur de la Grâce , tu sais , évangéliser c’est Aimer et Aimer n’est pas seulement donner .
C’est aussi se laisser saisir par l’émoi d’un autre 
Ecoute cette petite voix étouffée à l’intérieur de toi et qui supplie enfin la tendresse .
A très bientôt , même si l’éternité devient longue .

OJ.

Illustration : La barque des amoureux de Natacha Mondon

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